" />
Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
A la plume des mots

A la plume des mots

Des Mots, des Pensées … qui voilent chaque instant de sens.

Les souvenirs retrouvés.

Première partie.

Les souvenirs retrouvés.

             Il arrive parfois que certains de nos souvenirs se perdent dans notre mémoire, nous avançons sans avoir conscience que nous avons perdu une partie de nous sur le chemin, ce matin, j’ai dû bousculer quelque chose pour que le voile tombe, permettant à mes deux vies de s’entrecroiser et communiquer............

Une sonnerie retentit au loin, elle se rapproche et elle est de plus en plus forte à en devenir insupportable, j’ouvre les yeux tant bien que mal a la recherche de cette source de bruit si strident, c’est mon réveil, je tends la main en tâtonnant a la recherche du bouton « arrêt » pour enfin mettre un terme à ce supplice, il est 4 heures du matin, mon Dieu, j’ai l’impression d’être seul avec cette désagréable sensation d’être au début d’une très longue journée et la fatigue d’hier est toujours présente, j’ai eu à ce moment la lucidité de contre-dire ma réflexion, la nuit n’a pas été courte, la nuit est encore là, je crois que le plus sage est de me mettre debout au plus vite, au lit le temps passe plus vite qu’ailleurs, je n’ai pas de preuves, mais j’en suis convaincu.

A moitié endormis, je me dirige vers la cuisine, depuis que j’ai arrêté de fumer chaque matin avant toute chose, je prends un grand verre d’eau, au début, c’était difficile ça me donnait des hauts le cœur, mais j’ai fini par m’y habituer, dehors, il fait nuit, la ville dort encore, je jette un coup d’œil au calendrier, le 02 octobre, l’été est déjà loin et c’est tant mieux, a part être en bord de mer, l’été est une saison que je n’aime pas trop, l’air conditionné est partout, c’est pour moi vivre de manière trop artificielle.

Je somnole encore, c’est le moment de prendre une douche, au risque d’avoir une humeur d’ours, c’est un jour important, je dois être en forme, ma journée de travail commencera à 6 heures, mais elle finira surement très tard, pour l’instant, je profite de cette eau tiède qui me fait beaucoup de bien, le réveil commence petit à petit à prendre place, j’enfile rapidement la sortie-de-bain et me dirige vers le séjour et toujours ce soucis permanent de l’écoulement du temps, il est déjà quatre heures et demi, j’allume le téléviseur, les nouvelles sont toujours mauvaises, les guerres sont annoncés avec une telle légèreté, ils dénudent ce mot de la souffrance qu’il entraîne, c’est l’exigence de cette époque, cette chaîne de production qui ne s’arrête pas, à la télévision les victimes n’ont pas d’identité, ils sont pour nous des inconnues, nous ne saurons jamais comment était leur vie, ils ne sont qu’une statistique, pour oublier cette indécence, nous nous émerveillerons devant un arbre qui fleurit, le seul que notre cruauté aura épargné, pour nous consoler de ce que nous avons fait de ce monde, nous rechercherons notre rédemption en gravant le nom de nos morts sur une stèle.

Parfois, j’ai plus besoin de bruit que de m’informer, je regarde les deux photos posées à côté du téléviseur, mon père et ma mère, ils sont séparés, c’est peut-être mieux, issu de famille très riche, ils étaient plus occupés à confronter leur fortune, cet appartement est un cadeau de mon père, standing bien sûr à l’image qui veut avoir de lui, les volumes sont énormes, j’y suis très souvent perdu, voyant que je ne suis pas maître de mon propre temps, il a pris en charge aussi la décoration, très moderne, ce qui n’est pas forcément à mon goût, mais, je ne voulais ou je ne pouvais pas refuser, ils aurait surement piqué une crise, j’ai un dressing aussi grand que ma chambre, il reste désespérément vide, dedans, il y a quelques affaires que j’ai rangé juste à l’entrée pour éviter d’aller jusqu’au fond.

Ma mère avait été prise au dépourvu, en voyant le cadeau de mon père, un peu dans la panique, pour rééquilibrer la situation, elle avait sorti son carnet de chèques pour m’offrir une luxueuse et puissante voiture et encore une fois, pas forcément à mon goût, je suis un fils de riche, j’avoue que c’est un statut encombrant et très souvent gênant dans mon quotidien.

Bientôt cinq heures, j’enfile ma veste et passe la bandoulière de mon sac en travers de mon torse et surtout mon téléphone, il m’est souvent arrivé de l’oublier, c’est un peu comme sortir sans pantalon, pourtant sur une journée de douze heures, il reste éteint pendant huit heures, ce besoin d’être toujours joignable le rend indispensable, pourtant il y a des jours où il ne sonne même pas.

Un impressionnant calme règne dans l’immeuble, je suis presque gêné du bruit que l’ascenseur fait, les portes s’ouvrent, je suis au parking, je presse mes pas vers la voiture, je quitte au plus vite les lieux, toujours vitres baissées a cette période de l’année, il y a comme une douce fraicheur et une légèreté de l’air que j’apprécie, le jour fait son apparition, la ville se réveille doucement, tout au fond de moi, je me dis qu’elle a su panser ses plaies, le temps passe si vite, certain évènement sont tellement intenses que le souvenir reste gravé a jamais dans nos mémoires, je me souviens des plus infimes détails qui avaient suivi ce terrible choc, il s’annonce avec un bruit lourd et assourdissant que nous ne reconnaissant jamais avant que le sol se dérobe sous nos pieds, puis cet interminable balancement accompagné de cris, l’inquiétant craquement des murs, on se demande toujours combien de temps ça va durer et combien de temps ça va tenir, juste après cet instant, le silence, tout est noir, une étrange odeur de poussière et de gaz, c’est un instant où nous ne connaissons ni peur, ni courage, nous ne perdons pas raison, c’est juste l’instinct qui prend le pouvoir, l’accalmie arrive enfin, je quitte mon appartement, croisant les gens hagards le regard vide, c’était des silhouettes qui erraient sans vraiment savoir où elles allaient, dehors, je m’assois a même le sol, j’attends que la raison revienne, je me rend compte à quel point mon corps était éprouvé par la violence du choc, je me rend compte aussi qu’avant de quitter l’appartement, j’avais cherché mes cigarettes en oubliant de chercher mon téléphone, il n'y a là ni instinct ni raison c’est la bêtise.

En ces moments, les gens oublient leur statut social, leur niveau intellectuel, même leur âge, ils se regroupent, prennent des nouvelles, s’inquiètent, j’ai l’impression que l’Homme est sous plusieurs couches d’orgueil et ce genre d’évènement les retire pour dévoiler leur âme véritable.

Les sirènes d’ambulances m’avaient rappelé à mon devoir, il fallait que je retourne à l’hôpital, ils avaient surement besoin d’aide, j’avais rassemblé mon courage pour remonter dans mon appartement, j’avais aussi oublié les clefs de la voiture, en prenant les escaliers, j’essayais d’aller vite, le noir, dans ce genre de situation provoquait une sensation d’oppression, j’arrive enfin après une éternité, essoufflé, j’ouvre la porte le téléphone sonnait, ma mère, elle était dans tous ses états, je me suis beaucoup reproché le fait de l’avoir oublié, elle avait appelé une bonne cinquantaine de fois, elle était en larmes, totalement paniqué, je ne savais quoi lui répondre, j’étais ce gosse qui venait de prendre conscience de sa grosse bêtise, l’angoisse et la peur avaient disparu, la gêne leur avait fait opposition.

C’était une fois arrivé aux abords de l’hôpital que j’avais pris conscience de l’ampleur de la catastrophe, devant cette vision, à l’intérieur, ils étaient surement déjà débordés, j’avais dû abandonner la voiture à quelque dizaine de mètres de l’hôpital, il n’y avait autour de moi que des ambulances, des brancards, le flux des blessés était incessant, pour certain la souffrance était insoutenable pour d’autre, il était déjà trop tard, j’ai toujours cette image de pantoufle d’enfant sur la chaussée, de serviette immaculé de sang, il y avait aussi des cris et des larmes, mais au-delà de la douleur physique, beaucoup avaient besoin de parler, j’avais passé soixante-douze heures, ou j’avais l’impression qu’il faisait tout le temps nuit, pendant cette très longue nuit, j'étais tantôt l’avocat de la nature et tantôt le scientifique qui tente d’expliquer le phénomène, a un moment, on croit faussement que les choses s’apaisent et il suffit d’une réplique pour qu’elle nous replonge dans l’angoisse et la terreur, c’est à ce moment que je me suis rendu compte que le traumatisme était beaucoup plus important que je ne le pensais, il allait mettre des années à guérir, nous sommes toujours impuissants devant les choses a qui leur remède est la patience, le souvenir de cette nuit est intact, la profusion de sensation et de sentiment avaient fini par avoir raison de mes nerfs, j’étais usé et vidé, j’étais incapable de rentrer chez moi, j’avais fini par dormir sur un banc dans le jardin de l’hôpital.

J’ai juste une petite vingtaine de minute pour prendre mon petit-déjeuner, souvent le seul plaisir de la journée, c’est une cafeteria avec terrasse face à la mer, le serveur est certes grincheux, mais avec le temps, j’ai appris à ne plus faire attention pour ne pas avoir à le juger, il y a entre nous que cet instant où il prend ma commande, comment un être gratifié d’un cœur changeant, pouvons-nous le figer dans une image en portant un jugement souvent irréversible.

Pour mon père, c’est avoir des goûts de luxe, le fait de prendre mon petit-déjeuner dehors, j’évite toute explication, elle serait vaine, cela me ferait rentrer dans un débat sans issue, il a des jugements fixes et j’ai appris à gagner beaucoup de temps en lui donnant raison dès les premiers échanges, chose que ma mère n’avait pas vraiment compris, le ton montait très souvent à cause de chose sans grand intérêt.

Le soleil se lève, aujourd’hui, il est particulièrement extraordinaire, le ciel est dégagé, dommage au moment où je dois partir, tant pis pour moi, mais aujourd’hui est une journée importante, le Soleil sera la demain et tous les jours à venir, mais il y a des choses à qui le destin n’accorde qu’un levé.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

kimcat 28/12/2016 10:23

Eh oui le temps file si vite ! Bientôt 2017
Je suis venue pour lire la suite.
Bonne fête de fin d'année.
Béa kimcat

A M 28/12/2016 13:02

Je vous souhaite la bienvenue, bonne fête a vous aussi, paix et santé.