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A la plume des mots

A la plume des mots

Des Mots, des Pensées … qui voilent chaque instant de sens.

La rencontre

Troisième partie.

La rencontre

-Tu devrais dormir toi, il est encore tôt.

-Je n’arrive pas à dormir, ma peluche est tombée de mon lit, j’attendais que quelqu’un vienne me l’a donné.

-Tien le voilà, c’est un ours, il s’appelle comment ?

-Juste Monsieur l’Ours.

-Je suis ravi de faire sa connaissance, mais dit moi pourquoi tu n’arrives pas à dormir, quelque chose te préoccupe ?

-Je ne sais pas, je suis venu hier, j’étais dans un autre hôpital, c’est peut-être le fait d’avoir changé d’endroit, j’ai compté les moutons plus d’une centaine de fois et rien à faire, j’ai eu peur de me lever pour ramasser monsieur l’ours, je ne connais pas bien les lieux.

-Regarde, le petit bouton vert juste à côté de ta lampe de chevet, en appuyant dessus la personne qui était de garde cette nuit serait venue te voir, elle t’aurait tenu compagnie le temps que tu t’endormes.

-Je n’ai pas osé le faire, la nuit, c’est toujours dérangeant d’appeler quelqu’un.

-Tu sais, ceux qui travaillent la nuit, me rapportent souvent que le temps passe trop lentement et que par moment, ils aimeraient que quelqu’un leur tienne compagnie, tu devrais ne plus hésiter.

-Ce n’est pas grave, heureusement que j’avais mon livre, ça m’a permis de faire de la lecture, ça tient aussi compagnie.

Juste en dessous de la fenêtre de la chambre, deux cartons y étaient entreposés, l’un d’eux était ouvert et j’avais aperçu des livres à l’intérieur.

-Il y aurait des livres dans ces deux gros cartons ?

-Oui, ils me suivent partout où je vais, certains sont très vieux, mais ils sont toujours là, avec le temps, j’ai appris à les lires différemment, non pas que le contenu des feuilles ait changé, c’est juste moi qui grandis, quand les filles de mon âge se lassent de ma compagnie et que comme elles, j’ai envie de courir sur une plage ou dans un jardin, je sais ou trouver les pages, je ne suis ni essoufflé et je ne ressens aucune fatigue, c’est la magie des mots, ils transportent un peu de mon esprit à la rencontre de mes rêves.

Je venais d’entendre quelque chose d’émouvant, le temps que j’ai passé à côtoyer les enfants, m’avait appris que leurs mots naissaient avec leurs pensées, ils sont démunis de tout ornement, les émotions qu’ils portent se propagent en nous plus facilement et plus profondément et aucune muraille ne saurait les contenir.

Le téléphone n’arrêtait pas de vibrer, jusqu’au moment où j’ai reçu message sur mon bipeur « le professeur vous demande », il me demande juste avant la réunion, c’est surement pour quelque chose d’important.

-On demande après moi, je dois aller voir de quoi il s’agit, je reviendrais dès que je finirais, en attendant essaye de te reposer.

-Oui promis, j’essayerais à plus tard alors.

Je quitte la chambre me dirigeant vers le secrétariat, je croise dans le couloir quelque membre de l’équipe sanitaire, ils commencent très tôt le matin, ils sont la avant tout le monde et dans quelques dizaines de minutes tout doit être impeccable.

Je frappe à la porte, la secrétaire me demande de rentrer, il y avait des jouets sur le tapis et la porte du bureau du professeur était ouverte.

-Bonjour madame, je vois que les petits bandits ont encore frappé.

Elle me répond à voix très basse « demandez plutôt à celui qui est à côté, il leur laisse carte blanche pour presque tout », c’est à ce moment que la voix du professeur retentit.

-Bonjour, enfin vous voilà, voulez-vous un café ?

-Bonjour, non merci, j’en ai pris avant de venir.

Il y avait sur son bureau un document, lui, il était assis au fauteuil visiteur, la tasse de café posé sur la table basse, perdu dans ses pensées, il me parlait tout en touillant presque machinalement son café, le son de la tasse faisait l’effet d’une clochette.

-Avec toute notre bonne volonté, parfois, j’ai l’impression que tout joue contre nous, deux de nos quatre blocs opératoires sont infectés, vous savez cet hôpital est trop vaste pour qu’une seule vision suffise à prévenir ou cerner tous les problèmes qui pourraient survenir, c’est la raison pour laquelle je fais régulièrement appel à vos points de vues même s'ils ne sont pas toujours plaisant à entendre, ils restent néanmoins juste, au vu de nos programmations, cette journée allait être déterminante et je crois que nous allons revoir tout à la baisse à moins que vous ayez une proposition.

-J’ai bien peur que devant cette situation la seule proposition raisonnable et surtout qui s’impose est de tout annuler, tant le risque infectieux est toujours présent, sachez que même si le programme reste surchargé, je reste confiant quant à la réactivité du personnel et des équipes chirurgicales face à ce genre de situation, néanmoins, nous sommes aujourd’hui à notre deuxième contamination en l’espace de huit mois, je vous avoue que cette récurrence est inquiétante, ma première proposition, la plus urgente, est d’entamer sans plus attendre une stérilisation de tous les blocs opératoires et les locaux annexes, la seconde proposition, la plus nécessaire, est de revoir les protocoles d’hygiène humaine et environnementale, porté des correction si nécessaire, en faire une charte, la faire respecter surtout, tout en la faisant évoluer et en l’adaptant en permanence. Ceci dit, nous pourrons continuer nos travaux de programmation, seule la réunion de validation et la mise en œuvre du programme sera ajournée.

Il avait pris une gorgée de café encore fumant, reposé la tasse cette fois-ci sur son bureau, il avait pris un temps de réflexion en me regardant puis s’est adressé à sa secrétaire lui demandant de venir, elle avait ramené calepin et crayon.

-Madame, informer les chirurgiens, les anesthésistes et les chefs de blocs que la réunion est annulée et rédiger une note de service à ma signature, vous l’adresserez au service sanitaire, elle aura pour objet la stérilisation des blocs et périphériques, demander au responsable ainsi qu’aux chefs de blocs que je les attendrai a neuf heures et demi à mon bureau, merci Madame. Quant à vous, voyez de quelle ère est notre charte, je vous laisse le soin de mettre en place une équipe au vu de la mettre à jour.

Il avait mis un peu d’humour dans sa phrase, je pense qu’il voulait dédramatiser la situation.

-d’accord, vous aurez des nouvelles dès que possible, bon pour aujourd’hui, je crois que je vais chercher à m’occuper, ah pendant que j’y pense, hier il y a eu une admission ?

-Oui plutôt un transfert, ils l’ont amenée tard la nuit, d’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi ils attendent la nuit pour le faire, elle était épuisée, je n’ai pas encore vu son dossier, j’ai juste signé son admission pour ne pas trop la faire attendre, voyez si le dossier est toujours chez la secrétaire.

Je me suis levé en étant au fonds heureux que cette réunion soit annulée, parfois dans ce genre de réunion, on met sur la table les malheurs des gens, ce n’est pas ma vocation, j’ai souvent l’impression de voir la nudité des gens, la maladie est parfois humiliante, abaissante, je reste cet étranger à qui on dévoile son intimité sans le vouloir, je ne veux pas être cette machine froide et aveugle, jeune, je pensais avec une fierté à peine dissimulé que la médecine avait été créée par les humains pour les humains, mais au fil des épreuves, j’avais compris qu’elle est une création divine et que la perte d’un être cher nous l’a fait découvrir, une violente déchirure était à son origine, depuis nous menons un combat incessant contre le destin, le jour ou mes yeux ne larmoieront plus face à la détresse des Hommes, j’arrêterais la pratique de ce métier, rien d’humain ne restera en moi, ni en cet art, je n’aurais peut-être pas perdu le combat, plutôt cette quintessence qui avait fait soulever mes prédécesseurs contre la maladie.

Je cherche du regard le dossier sur le bureau de la secrétaire, mais il n’était pas là, elle l’aurait déjà envoyé ?

-Madame, il y a eu une admission hier pendant la nuit, j’aimerais consulter le dossier s’il vous plaît.

-Vous le trouverez chez l’infirmière en chef, elle vient de le prendre avec son courrier.

En quittant le secrétariat j’ai jeté un coup d’œil à la porte du bureau de l’infermière en chef, à son habitude elle était toujours ouverte, ça lui permettait de surveiller les allées venues des enfants, elle était un peu le gendarme des lieux, elle était crainte, pas que par les enfants d’ailleurs, mais ou pouvait elle bien être, peut-être qu’elle prenait son café tout simplement, je repasserais après, j’étais debout au milieu du couloir à me poser des questions et à réfléchir, la journée était encore longue et je devais trouver quoi faire, c’est quand même invraisemblable de venir en étant convaincu que la journée allait être chargée, importante, après rien, se retrouvé dans un couloir face au vide, puis la petite m’est venu à l’esprit, je me demande si elle s’était endormie, j’avais fermé la porte de sa chambre pour qu’elle ait un peu plus de calme et là je suis juste devant à tendre l’oreille et en mon fort intérieur j’espérais entendre un bruit, ça ne serait pas raisonnable d’ouvrir la porte, peut être que ça la réveillerait, elle qui a besoin de repos, je devrais au moins voir si elle dort, au moment où j’avais décidé d’ouvrir la porte, une voix m’avait fait sursauter.

-Vous revoilà, je ne pensais pas que vous alliez revenir.

C’était elle, sur une chaise roulante poussée par l’infirmière en chef, les enfants nouvellement admis se déplacent à l’aide de cette chaise jusqu’à ce qu’ils passent tous les examens requis qui détermineront leur condition physique.

-Bonjour madame.

Je lui ai fait signe que j’allais m’en occuper, j’ai ouvert la porte et fini de la faire rentrer.

-Moi qui pensais que tu dormais.

-J’avais très faim, je n’ai rien mangé depuis le déjeuner d’hier, la gentille dame m’a emmener à la cafeteria et après elle m’a fait visiter les lieux.

-Tu veux monter sur le lit ?

-Oui s’il vous plaît.

-L’endroit t’a plu ?

-Apaisant, on oublierait presque que nous sommes dans un hôpital, mais au fait, vous ne m’avez pas dit, que faisiez-vous si tôt ? C’est quoi votre travail ?

-Alors, comment t’expliquer la situation, il y a eu un petit souci dans une salle de soin.

-Vous êtes médecin ?

-Je travaille à l’administration.

À la seconde qui avait suivi cette réponse, je trouvais déjà que ce mensonge était stupide, elle m’a regardé, j’ai eu ce sentiment qu’elle arrivait à ouvrir ce qui était enfermé en moi, sa peau blanche donnait plus d’intensité a ses grands yeux noir, elle m’avait fait un autre sourire et enchainé par une autre question.

- Le souci, comme vous le dites, est-il réglé ?

-Oui bien sûr, des gens spécialisées y travaillent en ce moment, il ne faut pas avoir d’inquiétude, ça va être réglé cet après-midi.

J’attendais une autre question de sa part, mais elle avait choisi de rester silencieuse, peut être que ça ne l’intéressait pas d’en savoir plus, je pense que ses soucis a elle lui suffisait amplement, puis j’ai vu le titre du livre posé sur son chevet, il avait attiré mon attention, je trouvais qu’il impliqué un sujet grave et qu’il ne devrait surtout pas faire partie du genre de lecture d’une fille de son âge.

-Pourquoi choisis-tu ce genre de titre, ce genre d’histoire ?

- Quelle histoire je devrais choisir ?

-Des histoires de ton âge, des histoires de princesses, des contes de fées, ou de ce genre, tu en trouveras beaucoup dans la salle de lecture de l’hôpital.

-Les contes de fées sont la magie d’un moment qui apporte de la douceur à notre réalité, ils s’entretiennent à travers la tendre voix d’une mère, cette magie s’estompe avec l’âge, lorsque nous grandissons, lorsque la voix s’éteindra, lorsque le cœur s’essoufflera et qu’il n’aura plus plaisir à rêver, j’aurais besoin de combien de contes de fées pour adoucir ma vie et comment convaincre mon cœur que demain, la réalité sera moins amère.

J’ai marché en portant mon enfance usée par la cruauté d’un destin qui s’est acharné sur moi en n’ayant personne à qui me plaindre et je reste face à cette vie à pleurer sans larme, blesser sans sang dans l’attente d’un miracle qui n’arrive pas, son silence s’accentue et son froid déchire mes espoirs sans réellement comprendre pourquoi.

L’émotion m’avait gagné après ce que je venais d’entendre, j’avais éprouvé le besoin de m’asseoir, j’avais l’impression qu’en étant assis, j’arriverais a mieux contrôlé les flots d’émotions qui s’abattaient sur moi, je me suis assis au pied de son lit à la regarder longuement, ses petites mains fines étaient posées délicatement sur les côtés de son lit, même après ce qu’elle venait de dire son visage restait serein et toujours ce sourire des lèvres, ce sourire des yeux, cette bonté de l’âme.

-Pourquoi tes mots sont si tristes ? Tu es si jeune et demain, tu ne rechercheras plus tes feuilles pour rêver parce qu’il sera fait que de belles choses, il est vrai que nous percevons mal la justice de ce monde, c’est normal, elle n’est pas notre œuvre, c’est la raison pour laquelle elle nous parait si étrange et incompréhensible.

-Je suis vraiment désolée d’être si fatigué, vous savez, il est plus facile de mourir sur un champ de bataille en héroïne que d’y rester avec ses blessures, le chagrin n’arrête pas d’éclore en moi, puis les belles choses que j’attends ne font déjà plus partie de demain, à qui vais-je dire mes mots ? Je n’ai plus personne, plus un être pour me recueillir par sa tendresse.

-Tu as sans doute raison, il y a des êtres que nous souhaitons éternel, mais voilà, ils partent avant l’heure alors qu’il y avait encore tant de choses à leur dire, nous porterons ces mots pendant toute notre existence enfermés en nous parce qu’ils leur appartenaient, mais personne ne sait ce que la lumière de demain éclairera pour nos cœurs, nous aimerons peut-être plus qu’hier.

Je devais sortir de ce sentier que je ne connaissais pas, je ne voulais pas que l’émotion l’emporte sur ma raison et qu’elle fausse mon jugement, je ne voulais pas être ce vendeur de rêve, j’avais peur que cette émotion m’entraîne dans un élan de spontanéité où je risquerais de promettre plus que je ne pouvais donner, j’ai repris alors la parole.

-Il y a de belles rencontres, de la douceur et de l’espoir, nous posons nos mains sur l’écoulement du temps pour rallonger notre bonheur, c’est comme dans une histoire, les mots nous font évoluer en devinant le devenir des femmes et des hommes telle une promesse qui accomplit l’impossible en caressant l’éternité, c’est l’art du rêve ou l’engourdissement du sommeil, au réveil la vraie vie nous rappellera l’imminence de la désillusion, il est vrai que même si le destin n’est pas coopératif, la vie reste belle, elle reste aussi injuste ici-bas, nous reste alors nos prières pour plaider la cause de nos vies contre les assauts du malheur, c’est un équilibre dont nous ne détenons pas le secret.

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flounna 01/02/2017 22:33

c beau vu que c est bien écrit bien détailler aussi c écrit avec une grande sensibilité et réalité touchante bravo et merci

A M 01/02/2017 22:40

Merci, j'en suis très content pour cette belle reconnaissance.

amira ania 01/02/2017 21:49

une âme sensible dans une parfaite classe , je suis éblouis par votre plume

A M 01/02/2017 22:20

Merci, votre commentaire me fait énormément plaisir, j’espère rester fidèle à cette plume.

Evy 29/01/2017 20:44

Magnifique partage bonne soirée au plaisir Evy

A M 29/01/2017 20:46

Merci Evy.