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A la plume des mots

A la plume des mots

Des Mots, des Pensées … qui voilent chaque instant de sens.

La douce chaleur et la graine.

Quatrième partie

La douce chaleur et la graine.

-Cette petite goutte de rosée posée sur un pétale de rose que nous croyons s’évaporer au soleil du matin, au fait, elle s’élève emportant avec elle nos prières jusqu’aux étoiles, les astres ont le sang-mêlé, et rien n’est trop loin pour l’esprit, nous portons en nous le souvenir des cieux et le scintillement de leurs perles, aux aurores, dans le champ, tu entendras le chuchotement des roses, c’est un adieu à leur pierre précieuse, je les contemple en respectant l’intimité de cette prière qui s’apprête à partir.

A travers vos paroles, je vois ce champ de roses, baignant dans la lumière, laissant se répondre, leurs couleurs et la délicatesse de leurs senteurs, il y a quelque chose de réconfortant dans la douceur de vos mots, ils voilent chaque instant de sens que j’arrive parfois à toucher et sentir, il m’est tellement agréable de découvrir ces émotions, je ne sais pas ce que les jours à venir m’apporteront, ou que mes pas me mèneront, mais j’aimerais visiter ces lieux pour en rapporter un peu de cette beauté, un peu de ces couleurs pour bâtir mon arc-en-ciel, un peu de ces parfums pour m’y noyer.

 Elle redevenait petit à petit, enfant, l’innocence reprenait ses droits sur le chagrin, ce chagrin qui avait fait prendre à son âme une telle grandeur, elle en sortira vainqueur de cet affrontement, aujourd’hui, ses yeux voulaient découvrir de nouvelles choses, elle était prête à échanger l’éternité pour un instant de beauté.

 

-Je fais confiance en demain, tu donneras vie aux mots, tu caresseras et sentiras ce qu’ils te décrivaient sur une feuille, cette feuille dans laquelle tu te réfugiais pour dessiner le monde avec les couleurs de tes rêves.

-Il n’y a donc pas de baguette magique.

-Non, en tout cas, elle ne serait sûrement pas entre nos mains, nous en ferions mauvais usage, l’orfèvre de nos lendemains est ailleurs, nous, la porosité de nos âmes a fait que nous ne distinguons pas le bien du mal, en voyant notre immaturité, il a choisi alors de ne pas nous la laisser, depuis, nos regards sont tournés vers l’avenir là où l’espoir est né.

Elle resta silencieuse, elle était enfuie dans ses pensées, absente du lieu et de l’instant, son regard recherchait quelque chose de si profonde et de si inaccessible.

-Cette nuit, j’ai fait un rêve, je ne sais pas si c’est un bon ou un mauvais rêve, une femme était debout au pied de mon lit s’adressant à moi d’une voix jeune et bienveillante, je ressentais l’intensité de son regard posé sur moi, il m’enveloppait presque, elle dégageait de la splendeur et du vrai sans fausseté, je n’arrivais pas à distinguer ses traits de visage, je rêvais de mon idéal ou c’était peut-être ma mère, je ne pouvais ni bouger ni lui répondre, même animé par la force d’une révolte, il y avait une volonté plus forte que ma volonté, j’avais à ce moment d’impuissance, le cœur meurtri et trahi, il m’est tellement difficile de me convaincre que la vie doit continuer après la disparition d’un être cher, souvent les mots peinent à décrire ce que mes sentiments dissimulent discrètement au fond de mon âme, il y a peut-être là, une pudeur voilée en moi et que je n’arrive pas  à saisir son sens, la vie est la vie, elle signifie ce qu’elle signifie et elle a toujours été ainsi.

 

j’ai pris la plume pour combattre cette triste évidence, j’ai laissé couler ses gouttes d’encre sur mes feuilles, les mots apparaissent racontant une histoire, celle de la chaleur de l’été qui entame son voyage sous terre pour protéger cette graine du froid de l’hiver qui s’installe, pendant de longues nuits, elle lui racontera la vie, elle lui décrira les choses sur terre et une fois grande combien elle sera belle, elle lui parlera des rencontres qu’elle fera, des jours tristes et des jours heureux, elle la consolera comme pour prendre les devants face à la pluie et le vent, le temps venu, elle la prendra une dernière fois dans ses bras puis lui demandera de sortir à la lumière, ainsi et l’histoire de la douce chaleur et de la graine.

Elle marqua un moment de silence, elle semblait empêcher ses émotions de faire surface, ils sont cette eau qui nous fait perdre pied et qui finit par nous noyer, elle avait attendu que le calme succède à l’agitation des flots pour reprendre la parole.   

-J’ai éclos seule, j’ai dû creuser la terre à la recherche de la lumière sans connaître cette chaleur, le cri de ma première douleur s’éternise, elle a envahi le cœur, là où est née l’espérance, elle est pour moi cette prairie derrière l’horizon, le rêve si lointain du berger qui souhaiterait que le ciel soit une large étendue verte.

Je suis resté impuissant devant cette âme éprouvée, je ne suis pas fait de pierre, je finis par plier face aux circonstances, je n’ai pas su me prémunir, ses mots m’avaient agité et mon intérieur était livré à ce tumulte d’émotions.

 

Cette journée était d’apparence ordinaire, rien ne laissait présager qu’elle n’allait pas être comme les autres, puis il y a eu cette porte que j’ai choisi d’ouvrir, elle m’a mené vers l’histoire d’un destin, il n’était plus question de revenir sur mes pas, l’écoulement de la vie ne nous offre pas ce pouvoir, nous progressons même si nous savons que devant est inconnu, le temps nous fait porter ce lourd fardeau qui brise nos épaules, que nous apprivoisons dans un silence habillé d’honneur.

Reste-t-il un sens à mes mots, que valent-ils auprès de cette fille, ils seraient peut-être maladroits, dois-je encore plaidoyer pour cette vie qui me désavoue, suis-je moi-même convaincu ?

Je regarde ma montre, il est déjà 10 heures, les médecins vont bientôt arriver, il est temps pour moi de sortir, j’aurais honte d’être démasqué pour un si ridicule mensonge, je profiterais pour consulter le dossier de la petite, je me rends compte aussi que je ne connais même pas son prénom.

-Te rend, tu comptes que, nous avons discuté pendant plus de deux heures et tu ne m’as pas encore dit comment tu t’appelles.

-Myriam.

Elle l’avait dit avec toujours, ce sourire, ce jardin fleuri qui sublime son visage, ce lieu de bonheur ou les anges s’y rencontrent.

-Myriam, il est si beau ce prénom, il est tout aussi joli que toi, tu le portes si bien, Myriam, je dois à présent te laisser malheureusement, si tu le veux bien, je passerai à midi, nous irons manger ensemble.

-Oui, avec plaisir, merci.

-Parfait, je passerais alors à midi.

Je quitte la chambre en me dirigeant vers le bureau de l’infirmière en chef, elle est enfin là.

-Bonjour madame, s’il vous plaît, j’aimerais consulter le dossier de la petite Myriam, elle a été admise dans la soirée d’hier.

-Oui, la petite Myriam, de la chambre numéro 8, le dossier a été pris pour la visite matinale, vous voulez que je vous le ramène ?

-Non, merci, je repasserais après.

J’avais l’impression que rien ne tournait comme je le voulais, je suis resté dans le couloir, le groupe est passé à côté de moi, il y avait deux médecins accompagnés de cinq internes, ils m’avaient salué, puis ils avaient pénétré la chambre de Myriam, je m’en veux, ce mensonge était inutile, ma frustration était à son comble, j’étais condamné à attendre.

Je me demande ou en était le professeur avec sa réunion, il va surement être concis, juste quelques consignes, ils connaissent leur travail, il va surement vouloir rejoindre le groupe pour la visite matinale, sinon il m’aurait fait appel pour que je le remplace, tien le voilà qui sort de son bureau, il presse un peu ses pas et s’arrête net devants moi.

-Le groupe, vous ne l’avez pas vu ?

-Si, ils sont dans la chambre 8.

-Ah ça tombe bien, c’est celle de la petite d’hier soir, vous ne venez pas ?

-Oui, bien sûr, je vous rejoins dans un petit moment, juste le temps de finir quelque chose.

J’avais répondu à sa question en restant très vague et sans réellement réfléchir, mon regard fixait le vide, il avait trahi mon état de ce moment, le professeur avait vu ça.

-Vous êtes sûr que ça va ?

-Oui, je vous en remercie, et la réunion s'est bien passée ?

-Oui, ils commencent en début d’après-midi, mais ça va peut-être prendre un peu plus de temps que prévu.

-On s’y adaptera monsieur, je ne vous retiens pas plus longtemps, vous avez vos visites, je vous rejoins dans un instant.

-Oui, je l’espère, on en discutera plus tard, à bientôt alors.

Au moment où le professeur avait ouvert la porte de la chambre, j’ai aperçu Myriam, elle n’avait pas l’air impressionné par la présence de tous ces gens qui l’entouraient, toujours avec sa sérénité, elle regardait les internes prendre des notes, son regard avait été détourné par cette nouvelle présence, elle avait répondu à son bonjour, puis la porte s'est refermée.

Cependant, une interrogation me taraude depuis ma rencontre avec Myriam, pourquoi, j’ai cette étrange impression de m’intéresser à elle, quelque chose en elle m’attire, un air ou peut être une voix, je n’ai pourtant jamais eu à la croisée avant ce jour.

 

Le groupe quitte sa chambre, toujours perdu dans mes pensées, je n’avais même pas remarqué la présence du professeur, jusqu’à ce qu’il s’adresse à moi.

-Nous ne pouvons malheureusement pas nous substituer aux âmes des personnes ni à leurs cœurs, l’existence des gens serait moins compliquée a cerné, je suis alors condamné à attendre que les gens s’expriment enfin.

Je souris à ce que je venais d’entendre tout en étant conscient que j’allais dire ce que je ne devrais pas dire et encore une fois mentir, j’avais choisi de répondre à sa pensée.

-Il y a malheureusement des voiles plus épais que d’autres et des âmes plus pudiques que d’autres.

-Ah toujours aussi prompt et subtile dans vos réponses, vous avez fini de ce que vous aviez à faire ?

-Oui, bien sûr.

-Alors allons y faire ce que nous savons faire le plus.

Tout le groupe était déjà à l’intérieur, l’un des deux médecins expliquait la pathologie de l’enfant et les internes prenaient des notes, je n’aime pas cette façon de faire, j’ai l’impression qu’ils passent à côté de quelque chose, cette chose qui ne se note pas.

Mon regard s’était arrêté sur le professeur, il était à sa place habituelle, juste à côté de l’enfant, ils appréciaient sa présence, il était pour eux une assurance et ça les réconforte, je m’aperçois à quel point, il avait vieilli.

 

Le temps qui passe, notre passion pour ce métier avait dévoré nos années, j’avais le sentiment que je venais de le découvrir, il n’opérait plus, il me disait qu’il était devenu vulnérable face à l’émotion, la maladie des enfants, la détresse des parents avaient fini par avoir raison de lui, on ne s’y habitue jamais, il n’y a pas d’années d’expérience, chaque cas est une épreuve et chaque épreuve diminue de notre volonté, il arrive ou nous nous retrouvons aux premières loges d’un drame, c’est alors que nous nous rendons compte que l’indéfinissable nous avait abandonner, sous nos yeux.

 La vie se fait, la vie se défait, impuissant face au destin qui brise les chaînes, cette furie, que rien n’arrête, l’espoir nous avait portés et nous a fait oublier la prudence, jusqu’au jour, ou la réalité dissipe la brume de notre ivresse et nous rappelle notre insignifiance, notre vrai place,  puis, à sa guise, cette vie qui n’obéit a aucune rationalité, tel le soleil qui succède à la lune, elle recommence.

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Marie Pauline S 10/02/2017 09:40

Bonjour AM,
Les mots glissent agrippés à l'espérance de bribes de lumière ☼
Pour Myriam ce poème :
Je dérobe et m'attache
à la brèche d'un sourire
à l'échange d'une parole
à l'étang d'un regard

A M 10/02/2017 10:21

Bonjour Marie Pauline S,
Je m'incline devant la beauté de vos mots.

Merci.